28 Octobre 2026
Le coin lecture du mercredi
La sélection du Goncourt 2026 met à l’honneur ce troisième roman d’Anne Godard :
« Nous aussi »
Invitée à La Grande Librairie, elle m’a donné envie de lire son roman. C’est aussi la remarque admirative d’Amélie Nothomb présente également sur le plateau (« Je ne me suis pas rendue compte du moment où vous passez du « on » au « je ») qui m’a incitée à sa lecture.
Le sujet n’est pas original, voire rebattu, mais la manière de l’aborder est unique avec un choix stylistique et narratif audacieux : placer les narrateurs sous l’égide d’un pronom « on » qui les enchaîne à jamais. L’emploi de ce prénom ne se contente pas de faire ressentir l’emprise familiale, il l’exerce aussi sur nous, lecteurs ! On va donc se tenir sur nos gardes, on va espionner cette famille si parfaite !
On pénètre dans une grande famille bourgeoise, catholique, parisienne, un clan vivant en vase clos dans un immeuble du Ve arrondissement où les étages se superposent comme les générations, où les transmissions de vêtements, de livres, de goûts, et même de prénoms fabriquent justement ce collectif. Ils passent leur été dans la grande maison familiale face au Mont Blanc. A mesure qu’on avance dans le livre, on se rend compte qu’il y a quelque chose qui ne va pas, tandis que l’envers du décor nous est dévoilé peu à peu et nous fait peu à peu chavirer de l’implicite à l’explicite.
En revisitant son passé, la narratrice songe à son propre frère qui, alors qu’il avait 17 ans, s’était défenestré. Ce n’est qu’à la faveur d’une rupture, lorsque devenue adulte, la sœur du garçon suicidé se retrouvant hors champ, que s’ouvre alors un autre point de vue déplaçant le « on » insensiblement du collectif à l’individuel.
Ce livre est disponible à la Grande Bibliothèque d’Algarve en version Pdf ou en version Ebook. Contacter Anne-France Chapuis en message privé pour l’obtenir en indiquant votre adresse mail à annefrance.chapuis@gmail.com
Anne Godard réussit ici quelque chose de rare, faire de la grammaire une métaphore des drames familiaux qui touchent l’intime.
Voilà un roman formellement très abouti mais troublant. Est-ce un roman ? une autobiographie ? La couverture de ce livre est plus que significative puisque le hamac qui enserre la petite fille aux yeux clairs (Anne Godard elle-même) est, selon l’auteur, à la fois un cocon et un carcan…